Madame Catez
s'installe alors sur la paroisse Saint-Michel, 10 rue Prieur
de la Côte d'Or. La famille : c'est la maman, Elisabeth
et, dix-huit mois plus jeune, Marguerite.
Tout près de la maison, un mystère, un
attrait : le Carmel (aujourd'hui transféré à Flavignerot,
il était alors boulevard Carnot en face de la Synagogue).
La paroisse Saint-Michel sera la patrie spirituelle d'Elisabeth
pendant douze ans. Les cloches s'entendent très bien depuis
la maison. Elle en parle encore la veille de sa mort.
Sa vie est celle de toutes les jeunes
filles bourgeoises de son temps. De caractère vif, enthousiaste,
elle montre beaucoup de sensibilité. Vers 1891, elle a
décidé de se faire religieuse. Sa mère s'oppose à cette
vocation si précoce et lui demande d'attendre sa majorité
pour entrer au Carmel. "Qu'importe, écrit Elisabeth dans
son journal, je puis être carmélite en-dedans."
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Des
institutrices particulières viennent à la maison.
Pour la musique, c'est le conservatoire. Élisabeth
excelle au piano. Elle méritera très jeune, à treize
ans, le premier prix de piano au Conservatoire de
Dijon. Son âme vibrante et poétique s'exprimait
dans sa musique.
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Quant
à l'éducation religieuse, elle est particulièrement
soignée. Rien de mieux préparé que la première communion,
qu'elle reçoit, en l'église Saint-Michel, le 19
avril 1891 : elle a onze ans.
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Chaque
année, Élisabeth en célèbre l'anniversaire avec ferveur.
Sept ans plus tard, en 1898, elle écrit :
En l'anniversaire de ce jour où Jésus fit en moi sa demeure,
où Dieu prit possession de mon coeur, tant et si bien
que depuis cette heure, depuis ce colloque mystérieux,
cet entretien divin, délicieux, je n'aspirais qu'à donner
ma vie, qu'à rendre un peu de son grand amour au Bien-Aimé
de l'eucharistie qui reposait en mon faible coeur, l'inondant
de toutes ses faveurs.
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Le
jour même de sa première communion, Madame Catez
avait conduit sa fille, en "communiante", faire
une visite au Carmel. La supérieure révèle à cette
enfant le sens de son nom : "Maison de Dieu" ce
qui émerveille Élisabeth ... quelle grâce !
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Elle
reçoit la confirmation à Notre-Dame le 8 juin 1891. A
quatorze ans (en 1894), un jour, après avoir reçu le corps
du Christ, Elisabeth se sent irrésistiblement poussée
à lui vouer toute sa vie et elle prononce un voeu de virginité
perpétuelle. Un peu plus tard, son projet de vie religieuse
se précisera.
Elle
entre dans la vie adulte. Qui est-elle ? Elle le dit elle-même
:
Sans orgueil je crois que l'ensemble de ma personne n'est
pas déplaisant. Je suis brune et, dit-on, assez grande
pour mon âge. J'ai des yeux noirs pétillants, mes épais
sourcils me donnent un air sévère. Le reste de ma personne
est insignifiant. Je dirai que j'ai un assez bon caractère.
Je suis gaie et, je dois l'avouer, un peu étourdie. J'ai
bon coeur. Je suis de nature coquette. Il faut l'être
un peu ", dit-on. Je ne suis pas paresseuse "je sais que
le travail rend heureux ". Sans être un modèle de patience,
je sais généralement me contenir. Je n'ai pas de rancune.
J'ai mes défauts, hélas peu de qualités !... J'espère
en acquérir!
Les années
qui restent avant l'entrée au Carmel (1901) sont pour elle
des années de mûrissement intense, et Saint-Michel tient
une grande place : les paroissiens sont frappés par son
exactitude, son maintien et la grâce qui émane de cette
jeune fille discrète et fidèle.
L'Eucharistie
la fascine !
Vendredi, samedi, dimanche ont lieu les fêtes de l'adoration
perpétuelle dans notre paroisse. Je me réjouis d'aller
aux complies le soir à 8 heures, je me réjouis de recevoir
mon Jésus chacun de ces trois jours, je me réjouis d'aller
le prier au pied de son autel et de causer avec Lui dans
un doux coeur à coeur! ...
Elle
donne beaucoup d'elle-même aux activités paroissiales :
retraite pour jeunes filles, choeur de chant, préparation
à la première communion de certains enfants, visite à leurs
familles, patronage destiné à rassembler des jeunes sans
occupation. Elle bénéficie d'une direction spirituelle avisée.
Elisabeth
vit "dans le monde" avec beaucoup de réceptions. Ses brillantes
qualités la font remarquer. Un parti glorieux lui est
offert ... mais elle est déjà fiancée avec le Seigneur
des Seigneurs ... Les réunions "mondaines" elles-mêmes
sont vécues dans la prière.
Tout
est vécu d'avance, dans la prière : en particulier le
dernier événement "grandiose" la mission de 1899, prêchée
dans toutes les paroisses à la fois par des Pères Rédemptoristes.
Elle venait à Saint-Michel trois ou quatre fois par jour.
Dans cette vaste église, qui était comble, peu de coeurs
ont mieux accueilli la Parole annoncée avec tant de ferveur.
Élisabeth remerciait Jésus de sa si grande miséricorde
; elle a intercédé pour bien des pécheurs : son coeur
était déjà au Carmel.
Pour
entrer au Carmel, Madame Calez avait fixé un âge : 21
ans. Elisabeth vivra silencieusement cette souffrance
très cachée ; cette mise à l'épreuve est encore une maturation
vécue à fond. Elisabeth appartient tout entière à Dieu.
Le
2 août 1901, elle entre enfin au Carmel:
Nous allons communier à la Messe de 8 heures et, après
cela, quand Il sera dans mon coeur, maman me conduira
à la porte de clôture ! J'aime ma mère comme jamais je
ne l'ai aimée, et au moment de consommer le sacrifice
qui va me séparer de ces deux créatures chéries qu'il
m'a choisies si bonnes, si vous saviez quelle paix inonde
mon âme ! Ce n'est déjà plus la terre, je sens que je
suis toute sienne, que je ne garde rien, je me jette en
ses bras comme un petit enfant.
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Elle
gardera au Carmel le prénom de son baptême. Sa vie
de carmélite à Dijon ne durera que cinq années.
Tout en raccommodant humblement les robes de la
communauté, Elisabeth étudie saint Paul. Elle y
découvre les mots "être louange de gloire" qui seront
l'expression de toute sa spiritualité. Elle écrit
beaucoup, à sa famille, à ses amis, et tient un
journal spirituel. L'écoute de la Parole de Dieu
la conduit au silence intérieur : "Ce n'est pas
tout d'entendre cette Parole, il faut encore la
garder."
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La
maladie d'Addison emporte prématurément Elisabeth en 1906,
après de grandes souffrances.
C'est
le 21 novembre 1904, juste deux ans avant sa mort, qu'elle
écrit la prière à la Sainte Trinité qui résume tout son
message spirituel et sa compréhension du mystère de la
Sainte Trinité. Elle a été béatifiée par le Pape Jean-Paul
Il le 25 novembre 1984. Elisabeth de la Trinité était
très attachée à l'église Saint-Michel. C'est pourquoi,
le 2 décembre 1984, une semaine après sa béatification,
une cérémonie présida au transfert des reliques de la
Bienheureuse Elisabeth ; elles sont placées derrière ,
dans la chapelle absidiale nord. Le Carmel avait été transféré
à Flavignerot, en 1979, près de Dijon; le Carmel possède
une relique de la Bienheureuse.
Au
Carmel, des grilles se sont fermées sur elle, mais des
traits d'union en nombre infini se sont ouverts entre
elle et le monde. Elle a choisi ce chemin pour aller "à
la Lumière, à la Vie, à l'Amour". Elle est devenue la
soeur de chacun d'entre nous. Elisabeth appartient désormais
à l'Eglise entière.