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Discours du sculpteur (Fleur Nabert)

Discours de Fleur Nabert, sculpteur de la statue, lors de la messe de bénédiction de la châsse et de la statue d’Élisabeth de la Trinité en l’église Saint-Michel de Dijon.


Quand les carmélites de Flavignerot m’ont contactée pour créer la statue de la canonisation d’Élisabeth de la Trinité, je me suis demandée « mais au fond qu’est ce qu’un Saint ? » Voici ma réponse d’artiste, de croyante.

Un saint c’est un être qui a vu le visage de Dieu, et qui a ordonné l’entièreté de sa vie pour revoir ce visage, et espérer, par sa vie donnée, le faire sourire.

Un saint c’est un être qui aime, dans l’acception la plus gigantesque du terme, puisqu’il aime la totalité qu’est Dieu.

Un saint c’est un être de feu dont l’amour se propage comme un incendie, au mépris des distances et du temps. Ne sommes-nous pas tous rassemblés ici par une jeune fille morte il y a 110 ans, qu’aucun de nous n’a connue personnellement mais qui est pour chacun une amie chère ?

Un saint c’est un être qui se hisse sur la pointe des pieds de son âme, de ses capacités et de ses faiblesses pour les transcender et nous inviter à faire de même.

Alors comment dire tout cela en sculpture ?

Par un piédestal en pierre tout d’abord, qui surélève Élisabeth au-dessus de la terre et la fait rejoindre la cohorte des saints.

Par l’éternité vibrante du bronze, ce matériau incorruptible qui fait écho à l’éternité dans laquelle Élisabeth est entrée.

Par l’or enfin, qui, comme la grâce divine, rayonne sans que les ténèbres ne puissent l’arrêter.

Mais quelle Élisabeth représenter ?
La jeune pianiste pleine de fougue et de tempérament ?
La carmélite au regard profond ?

La religieuse émaciée et méconnaissable des derniers moments ?
Un peu de chacune. Mais par dessus tout son âme.

Une âme verticale, qui monte vers Dieu comme la fumée de l’encens.

Une âme pleine d’élan vers les autres et vers Dieu, qui, dans un dernier souffle nous a dit « je vais à la lumière, à l’amour, à la vie ». Son scapulaire et son voile vibrent encore de cet élan.

Une âme de prière qui nous a laissé des mots comme un chemin à suivre que j’ai gravé dans le bronze « O  mon Dieu Trinité que j’adore… »

Une âme habitée par la Trinité au point d’en porter le nom. 

Mais comment représenter celle qui fut le TOUT de la vie d’Élisabeth ?

Par un cercle : la totalité embrassante de Dieu.
Par une croix : celle où le Christ mourut par amour de l’humanité.
Par un oiseau : l’Esprit saint envoyé parmi nous.

La trinité c’est l’après, le pendant et l’après de notre monde. Élisabeth lui a donné une demeure par sa vie. C’est le symbole lumineux qui rayonne sur sa poitrine.

Un autre des milles trésors qu’elle nous laisse est cette phrase : « Au soir de la vie tout passe, l’amour seul demeure. Il faut tout faire par amour. »

Avec mes mains de sculpteur j’ai essayé d’obéir à Élisabeth : j’ai fait cette statue avec amour, par amour et pour l’amour.

 

Fleur Nabert

8 novembre 2016

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