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Homélie du Père Eric MILLOT pour la fête Sainte Elisabeth

« Chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14,23)

Dieu en nous : Élisabeth de la Trinité nous donne à méditer, à entrevoir et peut-être à mieux comprendre le mystère de la présence de Dieu, de l’habitation divine en celui qui aime et garde la Parole. Sainte Élisabeth de la Trinité a non seulement vécu comme de nombreux saints ce mystère de la présence de Dieu en elle, mais elle en a aussi témoigné par ses écrits et par sa vie. Pour Élisabeth , cette présence, cette habitation de Dieu en celui qui aime et vit de sa Parole, cette prise de conscience de la présence de Dieu s’accompagne d’une réelle prise de conscience d’être aimée par Dieu.

Nous le savons bien : toutes les richesses d’Élisabeth de la Trinité ne peuvent être redites en quelques mots. C’est sans doute une raison de l’abondante littérature la concernant. Mais depuis 110 ans, ils sont nombreux ceux qui nous ont livré les souvenirs et aidé à connaître les écrits d’Élisabeth . Et telle une petite source, toute sa spiritualité est venue nourrir ceux qui ont soif de cette présence de Dieu en eux. Avec la canonisation, cette source devient plus abondante, prêtre à abreuver tous les assoiffés de Dieu d’aujourd’hui.

Car cette canonisation n’est pas qu’un événement. Elle est un signe de Dieu. Pour chacun de nous. Et pour l’Eglise. Car par Élisabeth , Dieu nous redit qu’il n’a pas déserté notre temps, qu’il n’a pas déserté notre monde, qu’il est parmi nous, au milieu de nous, en nous.

Élisabeth de la Trinité est une sainte pour notre temps !

Dieu ne s’est pas trompé d’époque. Rappelez-vous : nous avions d’abord imaginé que la canonisation serait un beau signe si elle était annoncée et célébrée au cours de l’année de la vie consacrée. Sans doute aurions-nous alors parlé de cet événement comme un rappel que le disciple du Christ est celui qui donne sa vie, qui offre toute sa vie à Dieu.

Mais Dieu a choisi notre temps : cette canonisation est arrivée au cours du jubilé de la Miséricorde. Et notre célébration de ce soir se vit dans les derniers jours de ce jubilé, comme le point d’orgue de cette année où nous avons redécouvert en Église que l’Amour de Dieu va jusqu’au pardon à connaître et reconnaître, à recevoir et à annoncer. Comme pour mieux nous rappeler que le mystère de la proximité avec Dieu vécu par Sainte Élisabeth est déjà la manifestation de la miséricorde de Dieu. L’amour de Dieu est accordé à tous ceux qui veulent entrer dans cette proximité, qui ressentent en eux le besoin d’un amour qui est pardon et Vie, d’un amour qui est appel à retourner chez le Père malgré le poids des fautes du fils égaré. « En lui, par son sang, nous avons le rachat, le pardon des péchés. » nous rappelle Saint Paul dans sa lettre aux Éphésiens.

« Il me semble que l’âme la plus faible, même la plus coupable, est celle qui a le plus lieu d’espérer, et cet acte qu’elle fait pour s’oublier et se jeter dans les bras de Dieu le glorifie et lui donne plus de joie que tous les retours sur elle-même et tous les examens. » écrivait Sainte Élisabeth.

Oui, Sainte Élisabeth de la Trinité est la sainte de notre temps. Et c’est à notre temps qu’Élisabeth s’adresse.

A notre temps qui demande des preuves, du spectacle, du merveilleux, Dieu donne le signe d’une jeune fille qui a choisi de quitter la réussite humaine à laquelle elle était assurément promise, pour une vie de don, de prière, d’abandon.

A notre temps qui demande de l’immédiateté, du direct, Élisabeth donne un message qui  est à l’image de ses écrits : abondants et profonds. Ils nécessitent qu’on y revienne sans cesse pour mieux goûter les mots qu’elle a choisis afin de dire son expérience de Dieu.

A notre temps qui demande des petites phrases bien ciselées, elle livre des pages d’écrits spirituels, de lettres, de traités, de méditation de la Parole de Dieu. Parce que la vie en Dieu n’est pas la vie d’un instant, elle est vie d’éternité ; pour que chaque jour le croyant puisse être conduit à la rencontre de Dieu, à l’intelligence de sa Parole, à l’expérience de son amour.

A notre temps où on juge de la réussite d’une vie à la réalisation d’objectifs quantifiables, Élisabeth donne le témoignage du bonheur d’avoir trouvé Dieu, d’avoir accueilli Dieu en elle-même, d’être devenue simplement et totalement demeure de Dieu.

A notre temps où tant d’hommes et de femmes jugent que notre monde est fini, que tout est catastrophe, Élisabeth, dans sa vie, nous rappelle que ses années de carmel à Dijon correspondent aux  années les plus difficiles de toute l’histoire du diocèse de Dijon. Pendant que le diocèse se déchirait – il serait bien trop long de raconter ici cette période douloureuse ! – Élisabeth devenait la sainte que nous sommes en train de vénérer. Quand tout semble aller mal, Dieu a besoin de saints !

Alors cette canonisation est pour nous joie, action de grâce et responsabilité.

Joie : parce que Dieu nous fait le cadeau de la Sainteté d’Élisabeth comme signe de sa présence.

Action de grâce : car nous ne pouvons que dire notre reconnaissance pour la vie de Sainte Élisabeth, pour son message, pour tout ce que le Carmel, vous carmélites de Flavignerot, vous carmes qui avez œuvré pour cette canonisation, vous baptisés, diacres et prêtres du diocèse, avez donné, avez témoigné au cours de toutes ces semaines de célébration et de fête !

Responsabilité : parce que désormais, vous chrétiens de la paroisse Saint-Michel, nous tous chrétiens du diocèse et d’ailleurs, vous tous religieuses et consacrés, il nous faut maintenant faire vivre Sainte Élisabeth aux yeux de nos contemporains.

Cette châsse va désormais être vénérée par tous ceux qui viendront de partout pour demander l’intercession de Sainte Élisabeth. Elle va être aussi comme un appel pour chacun de nous à connaître et faire connaître le message d’Élisabeth.

Par l’intercession de Sainte Élisabeth de la Trinité, que nous sachions dès maintenant faire rayonner son message.

 

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